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"Nous jouons la carte de la polyvalence avec notre trémie frontale"

Stéphane Godet et ses associés du Gaec Lespois, basés dans les Deux-Sèvres, ont investi il y a quatre ans dans une trémie frontale dans le but de valoriser leurs différents matériels au semis et à la fertilisation.

Le Gaec Lespois valorise sa trémie frontale avec trois, et bientôt quatre outils différents. "C’est l’outil le plus polyvalent de l’exploitation", apprécie Stéphane Godet, l’un des associés. © Alpego

"Aujourd’hui, nous valorisons notre trémie frontale sur trois et bientôt quatre outils différents. Cette solution nous est vite apparue comme une évidence", explique Stéphane Godet, agriculteur à Le Breuil-sous-Argenton. La réflexion de l’investissement a eu lieu en 2012, pour remplacer le semoir traîné de 3 mètres. À l’époque, ce dernier semait l’intégralité des cultures en ligne. Mais dans les terres limoneuses, les mauvaises conditions venaient perturber les semis d’automne. "Du tracteur de 120 chevaux, nous passions à celui de 160 lorsque les conditions devenaient trop critiques, la terre venait bloquer les roues du semoir. Après huit années de bons et loyaux services, nous avons décidé d’opter pour une solution plus polyvalente, mais aussi plus maniable", se souvient l’agriculteur.

Pas question, pour les associés, de repasser sur un autre outil de préparation qu’une machine à disques. "Nous apprécions le débit de chantier et dans certaines de nos terres très rocheuses, la herse rotative est trop exposée au risque de casse." De plus, le Gaec souhaitait valoriser son semoir à la reprise des terres au printemps et au déchaumage l’été, en désaccouplant la trémie frontale et la rampe de semis. La répartition des charges et surtout la polyvalence, en associant la trémie à d’autres outils pour le semis ou la fertilisation, ont fini de convaincre les associés.

Stéphane Godet exploite en Gaec 760 hectares à Le Breuil-sous-Argenton dans les Deux-Sèvres. © G. Coisel

 

Un coût d’investissement de 44 000 euros

"Nous avions également comme exigence que l’outil soit porté avec une largeur de travail d’au moins 4 mètres et repliable au transport, précise Stéphane Godet. À l’époque, le seul constructeur à répondre à nos critères était Alpego." L’investissement de 38 000 euros se décomposait en deux parties : 14 000 euros pour la trémie et 30 000 pour la partie déchaumeur, rampe et contrôleur de semis.

Les opérations d’attelage et de dételage sont très simples, quel que soit l’outil, et ne prennent pas plus d’une vingtaine de minutes, support de tuyaux compris. La répartition des masses arrière/avant est de l’ordre de 60/40 avec le semoir en ligne, l’outil à disques étant plus lourd et son porte-à-faux plus important que celui d’une herse rotative. "Lorsque nécessaire, nous lestons la trémie jusqu’à 500 kg en utilisant le porte-masse dissimulé à l’intérieur du châssis, explique Stéphane Godet. La pression des pneumatiques de notre tracteur de 155 chevaux est de 1,5 bar à l’avant comme à l’arrière (chaussé en 650). Dans ce cas, le poids de l’ensemble joue aussi en notre défaveur, nous imposant à nous équiper à l'avenir de pneumatiques basse pression, pour masquer certaines traces au champ."

Si la trémie frontale facilite et sécurise les ravitaillements, elle complique néanmoins les déplacements routiers. Le Gaec ne dispose ni de caméras, ni de rétroviseurs à monter sur la trémie, mais a tout de même fait le choix d’une signalisation lumineuse. "La trémie impressionne par son gabarit massif, plus que notre faucheuse frontale pourtant plus large. Dans les intersections, nous redoublons de vigilance", se rassure l’agriculteur. Au champ, équipée du semoir en ligne, pour les semis de céréales et de couverts, la densité varie de moins de 1 à 250 kg/ha. La vitesse d’avancement oscille entre 10 et 12 km/h, avec le tracteur de 155 chevaux. "En moyenne, nous chargeons autour d’1,3 tonne de blé. Quant à la visibilité, si elle est excellente sur l’arrière, elle est très médiocre sur l’avant, mais le système d’autoguidage rattrape largement cette lacune", se satisfait l’agriculteur.

Pour Stéphane Godet, "le surcoût à l’achat de la trémie est un faux problème. L’équipement de mon semoir à maïs, a posteriori, ne m’a coûté que 800 euros". © Alpego

 

Bientôt couplée à l’épandeur d’engrais

Le Gaec de Lespois combine également sa trémie frontale à son semoir à maïs télescopique de six rangs. Acheté d’occasion, ce dernier disposait des disques nécessaires pour incorporer de l’engrais solide, mais était dépourvu de bacs d’engrais. "Une tête de répartition et des tuyaux de descente ont suffi pour raccorder les deux outils, soit un investissement de l’ordre de 800 euros. Nous avons fait le montage nous-mêmes, à commencer par équiper le second tracteur d’un support de tuyaux. Au début, nous avons simplement eu quelques complications au niveau du débit d’air qui était divisé du fait du nombre de descentes limité. Nous sommes alors passés d’une tête de répartition de six à douze trous. Avec le recul, l’optimum aurait été dix-huit."

La trémie frontale en inox a tout naturellement assuré le rôle de fertiliseur au semis, supprimant une application d’urée à l’épandeur d’engrais au stade 6-8 feuilles, susceptible de brûler et d’écraser la plante. « La densité d’engrais ne dépasse pas 250 kg/ha. Un choix de notre part, car la trémie pourrait dépasser les 500 kg/ha sans problème. Notre tracteur de 85 chevaux suffit. Nous retirons simplement les masses additionnelles de la trémie. »

Stéphane Godet et ses associés utilisent depuis peu la trémie avec leur herse rotative de 5 mètres repliable, pour les semis de prairie. Là aussi, une tête de distribution de dix-huit sorties et autant de tuyaux de descente suffisent pour équiper l’outil. Cet outil moins productif que le déchaumeur à disques est privilégié pour réaliser un semis à la volée, juste derrière le rouleau, et effacer les traces de pneumatiques notamment, avec un travail plus profond. La polyvalence de la trémie frontale pourrait encore s’étoffer dans l’avenir. Les agriculteurs étudient en effet la faisabilité d’une combinaison avec leur épandeur d’engrais comme trémie ravitailleuse, afin de limiter les ravitaillements.

A savoir

En chiffres

Une SAU de 760 hectares

250 ha de semis en ligne (blé, triticale méteil, quinoa, dérobés…) 

90 ha de semis monograine (maïs) 

530 ha de prairie 

600 mères en atelier bovins allaitants

7 000 couples de pigeons

 

 

Trois points à prendre en considération avant d’investir dans une trémie frontale

Cerner les utilisations d’une trémie frontale au préalable permet de déterminer le niveau d’équipement à acquérir.

La trémie frontale a pour avantage de valoriser le relevage avant, encore trop souvent sollicité pour transporter du poids mort. © Kuhn

La conception

Il faut être vigilant quant aux matériaux employés : une trémie, un doseur ou tout autre composant en inox ou plastique sont plus appropriés pour des applications d’engrais. La forme de la caisse a aussi son importance. Elle doit favoriser la visibilité mais également assurer une bonne étanchéité. Des solutions légèrement bombées répondent favorablement à ces critères.

Le raccordement à l’avant du tracteur nécessite parfois quelques ajustements. En termes d’hydraulique, il faut obligatoirement un distributeur simple effet et un retour libre de diamètre 3/4. Certains modèles demandent moins de débit (23 contre 35 l/min) favorisant la compatibilité avec les tracteurs de faible puissance, mais sont aussi plus onéreux. Côté électrique, même si ce n’est pas obligatoire, l’éclairage de travail à l’avant de la trémie avec la déconnection des phares du capot du tracteur est fortement recommandé. La signalisation est un plus en termes de sécurité, mais elle n’est pas obligatoire. Son coût reste dérisoire par rapport au prix global de la machine. En revanche, le lestage est indispensable. Suivant les modèles, on peut rajouter jusqu’à 1 tonne avec des semoirs en ligne de grande largeur où le porte-à-faux est important. Il est possible d’ajouter des masses ou d’installer un tasse-avant à pneus dessous ou juste devant la trémie, suivant les marques.

Les performances

La plage de débit est primordiale. Elle conditionne en partie les capacités de la trémie et par conséquent sa polyvalence. Une trémie dédiée à la semence sera limitée par un débit maximal d'environ 250 kg/ha. À l'inverse, une trémie fertilisatrice pourra largement aller au-delà. Tous les modèles de trémie frontale ne sauront répondre à ces densités élevées. La section de tuyaux doit être équivalente d’un bout à l’autre. Toutes les sorties d’air réunies doivent être équivalentes à celle du tuyau principal en sortie de doseur, pour éviter une réduction de flux et ainsi entraver le débit. La capacité du doseur doit elle aussi être suffisante. Un système électrique apporte plus de confort, mais son moteur doit être suffisamment dimensionné pour les volumes conséquents ou les grosses graines comme le pois ou la féverole.

Les détails qui font la différence

Il est impératif d’opter pour un démarrage anticipé de la turbine. Le déport de la trémie, à l’avant du tracteur, accentue la distance à parcourir par la graine. Le départ anticipé évite les manques de semences au démarrage, en activant la trémie avant même de poser le semoir. Comme les semoirs traînés, certains modèles de trémie frontale sont cloisonnés pour permettre de semer et de fertiliser simultanément, et/ou d’incorporer deux types de semences différentes. Tous les organes sont alors doublés et totalement indépendants. Revers de la médaille, la visibilité sur la droite est plus entravée, idem sur l’arrière du fait de la multitude de tuyaux de descente.

En termes d’investissements, un semoir avec trémie frontale représente un surcoût de l’ordre de 2 000 à 3 000 euros, à équipement équivalent.


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