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Une machine à vendanger qui traque la flavescence dorée

Une machine à vendanger embarquant des capteurs multispectraux de détection de la flavescence dorée, a fait ses premières sorties dans les vignes. Bilan.

Dans le cadre du plan national de lutte contre le dépérissement du vignoble, les chambres d’agriculture du Var et des Bouches-du-Rhône mettent en œuvre de multiples moyens pour détecter l’apparition de la flavescence dorée dans les vignes, afin d’éliminer au plus vite les pieds atteints et limiter la propagation de la maladie.

Depuis trois ans, plusieurs méthodes sont employées conjointement pour battre les zones connues comme atteintes et identifier les pieds à arracher, à savoir le passage en revue à pied de chaque rang et le survol des parcelles par drone. À mesure des prospections, les connaissances sur la flavescence dorée s’étoffent. « L’année dernière, nous nous sommes ainsi aperçus, sur des parcelles tests, qu’il fallait attendre assez tardivement dans la saison — autour de la mi-septembre — pour détecter tous les pieds atteints, explique Sébastien Attias, chef du pôle développement technique à la chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et directeur du GDS (Groupement de défense sanitaire). Le vol de drone que nous avions réalisé quelques jours auparavant n’avait pas tout détecté, non à cause de lacunes de la technologie, mais tout simplement parce que les symptômes n’étaient pas apparents : les images enregistrées lors du passage de drone nous l’ont confirmé. » Il reste donc des connaissances à acquérir sur la flavescence dorée. « Sur cette parcelle test, située à Lambesc, malgré un suivi précis et l’arrachage de tous les pieds atteints l’année dernière, nous avons détecté une centaine de pieds positifs cette année », constate Jean-Claude Pellegrin, président de la commission viticole à la chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône. Demeurent ainsi certaines questions, comme le temps nécessaire à la maladie pour se déclarer ou le potentiel rôle de refuge des cicadelles.

Le drone en complément des battues

En l’état actuel des connaissances, pour une identification la plus complète possible, il est donc nécessaire d’attendre les pleines vendanges. Les battues à pied mobilisent une dizaine de saisonniers de la chambre d’agriculture, ainsi que 400 à 500 vignerons sur tout le département. Or, ces derniers sont difficilement mobilisables pendant les vendanges. « De plus, avec une année humide comme 2018, les attaques de mildiou font tomber rapidement les feuilles, poursuit Sébastien Attias. Au final, la fenêtre de tir peut être réduite à 15 jours. Le drone se montre comme une alternative intéressante. La technologie embarquée sur ces engins volants nous vient d’outre-Atlantique, avec des capteurs capables de réaliser les mesures de 200 spectres lumineux. Pour nos besoins, nous n’utilisons que huit spectres du visible et de l’infrarouge. » Ces longueurs d’onde ont été choisies spécifiquement, car elles permettent d’obtenir une signature spectrale de la maladie. L’aéronef fait l’acquisition d’un grand volume de données sur une période courte : 100 hectares sont ainsi analysés en 1 h 30 de vol. Progressant à 100 mètres de hauteur, le drone enregistre les informations du rang qu’il survole, mais aussi des rangs voisins, permettant d’obtenir une vue en trois dimensions et maximisant les chances de détecter la flavescence, en analysant aussi bien les côtés que le dessus de la vigne. L’appareil passe quotidiennement au-dessus des quatre parcelles tests autour de Lambesc, afin de connaître finement l’évolution de la maladie et cadrer la période optimale de prospection.

Des capteurs sur les machines à vendanger

Mais, cette méthodologie a aussi ses limites. « La météorologie (présence de pluie ou de mistral) peut nous interdire le vol du drone. À cela, s’ajoutent la lourdeur de la réglementation liée aux autorisations de vol, ainsi que la nécessité d’avoir des bonnes conditions lumineuses », déplore Sébastien Attias. D’où l’idée d’embarquer également les capteurs sur les engins parcourant régulièrement les vignes, notamment la machine à vendanger. Développé par Agrio, le capteur, qui enregistre dans le visible et l’infrarouge, est positionné en cabine avec un petit terminal, et pointe sur le dessus de la vigne. Il est doté de deux logiciels, l’un d’acquisition, l’autre d’exploitation. Un prestataire, Igo, digère les données pour les présenter sous une interface cliquable, ergonomique et intuitive. À terme, une application sur smartphone guidera l’opérateur pour revenir rapidement et simplement sur les pieds suspects.

Couplé à un écran, le capteur prend place dans la cabine. © L. Vimond

La phase la plus critique est l’aube

Le capteur embarqué sur machine à vendanger fonctionne aussi bien de jour que de nuit. Aujourd’hui, le système, encore à l’état de prototype, nécessite un étalonnage (un pour le jour, un pour la nuit) avec une mire à présenter devant la caméra. « La phase la plus critique reste l’aube, où les conditions lumineuses changent très vite, confie Bonan Nedeltchev, chef de projet chez Agrio. À terme, il faut que la solution soit automatisée, la plus transparente possible, que l’utilisateur n’ait qu’à fixer la caméra et ne s’occupe de rien d’autre. »

« À l’issue de cette phase de test, si la position supérieure n’est pas optimale, on placera deux caméras de chaque côté », poursuit Jean-Claude Pellegrin. Cette dernière position est également envisagée sur les tracteurs. "La limite de la machine à vendanger, c’est qu’elle commence à travailler dès la mi-août, alors que les symptômes peuvent apparaître au 20 septembre, explique Sébastien Attias. D’où l’idée d’embarquer également ces capteurs sur les tracteurs lors des travaux post-vendange."

L’équipe en place entend poursuivre les recherches pour améliorer les connaissances sur la flavescence dorée. Des tests au capteur embarqué seront réalisés sur la vigne nue, dépourvue de feuilles, pour voir s’il est capable de détecter ce qui n’est pas visible. Puis d’autres seront effectués sur les premières feuilles à la sortie d’hiver. « Mais pour le moment, les trois méthodes continuent d’être utilisées conjointement, pour qu’aucun pied ne passe au travers des mailles du filet », conclut Sébastien Attias.


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