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Nouvelles techniques

" Je teste le relay cropping depuis deux ans "

En EARL avec son père Jean, sur une surface de 250 hectares en agriculture de conservation, Cyril Hamot, agriculteur à Montadet dans le Gers, expérimente pour la seconde année consécutive le relay cropping.

"Cette année, nous avons réalisé 3,5 hectares de relay cropping, avec en première culture du blé et en seconde, au choix, du soja, du sorgho fourrager, de la betterave fourragère, de la navette fourragère ou du colza fourrager, explique Cyril Hamot. Le blé est implanté avec un appareil de semis direct, dont nous fermons deux rangs tous les deux rangs." S'intéressant à la double culture, l'exploitant a porté son attention sur la technique du relay cropping, pourtant plus complexe à mettre en place, notamment pour les désherbages. Pour Cyril Hamot, l'implantation de la seconde culture présente "l'avantage d'être réalisée plus tôt, car le mois de juin est toujours chargé, entre autres à cause de certaines activités en prestation". La seconde culture a été mise en place cette année par du matériel expérimental mis à la disposition par le constructeur Horsch, avec des éléments semeurs hérités du semoir Avatar. "Mon monograine n'est pas adapté, du fait de l'interrang et de la position des roues d'entraînement qui écraseraient le blé." Prudent, le céréalier entend peaufiner la technique et confirmer son intérêt sur plusieurs années. "Cette année, les comptages d'épis de blé par mètre carré étaient identiques entre l'expérimentation en relay cropping et la culture en plein, emblavée dans la même parcelle. Si les rendements en blé étaient en forte baisse par rapport à une année moyenne, ils étaient identiques dans les deux parties de la parcelle. La réponse de la seconde culture est variable, avec un bon comportement du soja et du sorgho fourrager." Si à terme, l'agriculteur parvient à obtenir des rendements convenables dans les deux cultures, il réfléchira à adapter davantage son matériel en termes d'interrangs et de voies, notamment sur le train roulant de la moissonneuse-batteuse qui, aujourd'hui, mord un peu sur la seconde culture.

 

 

La mécanisation du relay cropping s’anticipe dès le début

Certains poussent le relay cropping jusqu'à abandonner les pneus basse pression au profit de roues plus étroites jumelées et adéquatement espacées. © Flexxifinger

Cette technique de double culture simultanée impose quelques aménagements sur le matériel, tout au long de l’itinéraire cultural.

"Le relay cropping est une technique encore très peu répandue en France, pratiquée par une dizaine d’agriculteurs, estime Damien Brun, d’Arvalis. Pourtant, elle existe depuis la fin des années soixante-dix dans d’autres pays." Le relay cropping, ou cultures en relais, est une technique particulière, puisque deux cultures, l’une d’hiver, l’autre de printemps, cohabitent sur une période plus ou moins longue. Dans le sud de la France, plusieurs agriculteurs font le choix d’une double culture simple, en semant une culture d’été dès la récolte de la culture d’hiver, en choisissant des indices de précocité suffisants, notamment pour la seconde culture, pour parvenir à la maturité des deux cultures dans la saison.

S’en distingue le relay cropping, qui consiste à faire cohabiter deux cultures en même temps, la culture de printemps étant implantée avant la maturité de la culture d’hiver. L’objectif est double : d’une part, on mise sur des cultures moins précoces, donc avec un potentiel de rendement plus élevé. D’autre part, le développement des adventices est limité par la présence quasi permanente d’un couvert végétal.

Valoriser le matériel disponible autant que possible

Cependant, la cohabitation de deux cultures, ne serait-ce que pendant quelques semaines, se révèle complexe. " Il faut bien anticiper tout l’itinéraire cultural, explique Damien Brun. L’emblavement de la première culture, le semis de la seconde, les produits phytosanitaires, l’irrigation, la récolte. "

Côté matériel, il n’y a pas de grandes révolutions, mais quelques évolutions. La première culture (généralement une graminée) peut être implantée avec un semoir en lignes classique. "Les seules modifications concernent les sorties que l’on va boucher et l’interlignage, explique Étienne de Saint-Laumer, de Horsch, qui expérimente le relay cropping depuis trois ans. En effet, l’interlignage de la première culture est à raisonner en fonction de celui de la seconde et de l’outil qui va récolter cette dernière. Dans l’idéal, il faut que l’écartement de la seconde culture soit un multiple de celui de la première." Il donne ainsi l’exemple d’une betterave fourragère, semée au monograine avec un écartement de 50 cm, dans du blé emblavé avec un semoir à 16,5 cm d’interligne. Ainsi, les descentes sont fermées un rang sur quatre.

Le jalonnage peut être poussé encore plus loin, en n’implantant pas de seconde culture, là où passeront les roues de la moissonneuse-batteuse, et en semant la première sur toute la largeur de la bande de roulement. "Tout dépend des aptitudes de la seconde culture, modère Étienne de Saint-Laumer. Si celle-ci se redresse rapidement après avoir roulé dessus, il n’est pas utile de s’ajouter une contrainte supplémentaire avec les passages de roue de la moissonneuse-batteuse." Une autre solution pourrait être de remplacer les pneus larges de l’automoteur de récolte par des plus étroits jumelés, voire triplés.

Investir modérément avant de bien maîtriser la technique

Damien Brun conseille toutefois de limiter les investissements les premières années : " il faut d’abord expérimenter la technique, apprendre à la maîtriser, voir si elle correspond à l’exploitation, mesurer les avantages et les inconvénients, les bénéfices qu’on en retire." Selon l’ingénieur d’Arvalis, l’implantation de la culture de printemps doit être effectuée autant que possible avec le matériel présent sur l’exploitation, le monograine de l’exploitation ou une rampe de semis "faite maison", très simple. Étienne de Saint-Laumer conseille un semoir monograine avec entraînement électrique : ces appareils sont dépourvus de roues d’entraînement qui pourraient écraser la première culture. Des appareils à animation mécanique des éléments de semis, dont les roues sont placées à l’avant de la poutre principale, peuvent également faire l’affaire, moyennant un léger déplacement latéral de ces roues si besoin.

Dans le cadre du relay cropping, le matériel de pulvérisation ne nécessite pas de modification particulière, sauf peut-être adapter la voie. En revanche, le choix des produits devient plus limité, notamment les herbicides, quand on fait cohabiter une dicotylédone avec une monocotylédone. " Le panel de choix est beaucoup plus restreint lorsque les deux cultures sont en place, puisque la réglementation impose l’utilisation de produits homologués pour les deux cultures », explique Damien Brun. Étienne de Saint-Laumer complète : "il faut notamment considérer les temps de rémanence des herbicides. Certains d’entre eux appliqués sur blé à l’automne peuvent encore empêcher ou fortement freiner la germination et le développement de betteraves au printemps suivant." Néanmoins, la présence quasi permanente d’une culture en place maintient une canopée qui limite le développement des adventices et donc le besoin d’herbicides avant la récolte de la première culture.

Concurrence pour la ressource en eau

Autre équipement à prendre en compte en relay cropping, le matériel d’irrigation. Qui dit cohabitation, dit concurrence. Concurrence pour la lumière, même si l’implantation de la seconde culture s’effectue généralement après le tallage de la première. "Avec l’épiaison, l’accès à la lumière est plus facile", explique Étienne de Saint-Laumer. Mais aussi concurrence pour l’eau. "La réussite du relay cropping est très hasardeuse d’une année sur l’autre dans les parcelles non irriguées, poursuit le chef produits. Elle dépendra des pluies qui tomberont en bonnes quantités et aux bons moments." Damien Brun va plus loin et estime que "vouloir faire du relay cropping sans irrigation est déconseillé ». Il faut pouvoir assurer l’alimentation hydrique lors des épisodes secs en été voire positionner un tour d’eau fin mai-début juin en cas de fin de cycle sèche pour permettre la survie de la culture d’été.

Enfin, la récolte de la première culture peut nécessiter quelques aménagements. Selon la hauteur et la nature de la seconde culture, il peut être utile d’équiper sa coupe de releveurs un peu particuliers. Positionnés au-dessus de la seconde culture, ceux-ci sont dotés de patins qui couchent la culture de printemps, afin d’éviter que celle-ci ne soit étêtée. Fournisseur de pièces de coupe, l’entreprise canadienne Flexxifinger propose le FlexxiSelect, composé d’un large patin s’appuyant sur la seconde culture et relié au releveur par des bielles. Hors relay cropping, ce patin posé au sol vient se glisser derrière le releveur. Compter tout de même autour 300 euros l’unité.


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